[Review] The Transfiguration

Il y a des projections qui vous prennent par surprise. Des films dont on n’entend pas parler et dont vous apprenez l’existence au détour d’une gazette de cinéma. L’article est intrigant, titille par ses éloges sans pour autant trop en révéler et par son sujet porté de manière inattendue.

« The Transfiguration » (2017) de Michael O’Shea est de ceux là.

Milo (Eric Ruffin), tout jeune ado de 14 ans vit avec son frère dans un appartement du Queens, à New York. Enfin, il vit seul pour ainsi dire, restant le plus souvent enfermé dans sa chambre à s’abreuver de films… Mais pas n’importe lesquels, ceux dédiés aux vampires. Il les connaît tous et a un avis bien défini, voire vraiment perturbant, sur ce qu’est un vrai vampire. Pour couronner le tout, il s’éclipse une fois par mois pour traquer une victime et lui ouvrir la carotide à coup de lame de rasoir dans le but de s’abreuver de son sang. Mais l’arrivée d’une nouvelle voisine, Sophie (Chloe Levine), va bouleverser les choses…

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Nous avons ici le tout premier film de Michael O’Shea, s’annonçant comme indé. Et ça se sent directement par le choix des cadres, la photographie réaliste, aux lumières léchées, ainsi qu’au ton lugubre. Ici, pas d’effets spéciaux à foison pour parler de vampire, mais place à une sobriété crue et marquée.  Les plans sont longs, posés et ne nous confondent pas dans des envolées frénétiques. C’est ce qui est à la fois rafraîchissant et déroutant… Et ça fait du bien !

« The Transfiguration » est totalement contemplatif mais pas du niveau poétique d’un « Only Lovers Left Alive » par exemple. Il sera bien plus terre-à-terre et bien moins charmeur qu’un duo Tim Hiddlestone et Tilda Swinton. Eric Ruffin et Chloe Levine sont deux jeunes adolescents, moins envoûtants mais plus réalistes et plus humains.

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Mais finalement, parle-t-on vraiment de vampires ici ?

A mes yeux, Michael O’Shea rend une espèce d’hommage à George Romero et à son film « Martin » (1977). Tout en ambiguïté, O’Shea ne nous montre jamais clairement la véritable nature de Milo, nous laissant de multiples portes ouvertes, libre d’interprétation. Après tout, ce pourrait être un jeune paumé, que le mal-être et la mélancolie dévorent un peu plus chaque jour, se cherchant à travers ces figures funèbres, hanté par la mort de sa mère. Vampire ou tueur en série fasciné par le mythe ? Tout comme dans « Martin », ce sera à vous de le définir si le besoin s’en fait sentir.

« The Transfiguration » est aussi un film hommage à la cinéphilie vampirique, car Milo en connaît un rayon ! Il confrontera alors son point de vue avec celui de Sophie, plus néophyte et populaire sur le sujet, ses références étant plus tournées vers les vampires brillants de « Twilight ». « Nosferatu » (1922) de Friedrich Murnau, ou « Morse » (2008) de Tomas Alfredson entre autres seront celles de Milo, plus véridiques et assimilant les croix, les miroirs et autres gousses d’ails à du folklore comme pourrait l’avancer Anne Rice dans ses Chroniques des Vampires (« Entretien avec un vampire », « Lestat le vampire », « La reine des damnés »…). Il déconstruit les croyances et se les réapproprie d’une manière toute personnelle.

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Enfin, Michael O’Shea nous fait surtout un audacieux mélange des genres : frisson, drame et social. On ne sait jamais sur quel pied danser et c’est ce qui pourra dérouter certains spectateurs. Si vous vous attendez à un film de vampire pur et dur, vous risquez fort d’en sortir déçu car ce ne sera pas cela qui laissera son empreinte, mais bien un drame familial dans un contexte social difficile : quartier défavorisé de Far Rockaway aux prises avec une guerre des gangs, un quotidien ardu, un récit d’apprentissage complexe et un être torturé, perdu, aux parents disparus et au frère absent. Ce malaise sur fond de contexte terriblement réaliste se mélange à des passages des plus oniriques quand Milo nous laisse entrer dans sa sphère. Sophie, quant à elle, est un reflet de Milo : battue par son beau père, se scarifiant les bras comme pour exhumer le mal la rongeant de l’intérieur. Le mal être que l’adolescence peut parfois engendrer est ici crûment dépeint et leur besoin d’évasion, dans cette fantaisie lugubre, leur est vital.

Bref, c’est un film beau. C’est un film lent. Parfois trop peut-être mais c’est par ce biais que Michael O’Shea nous fait entrer dans leur quotidien torturé et, croyez-moi, ça vaut le coup de s’accrocher.

 

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