[Vidéo club] Nightbreed

Il y a des malédictions, souvent faites de visions d’horreurs, d’ombres  menaçantes ou de cauchemars éveillés. Parfois, elles sont mises en scène à l’écran mais elles arrivent aussi derrière la caméra.

« Nightbreed » ou « Cabal » en VF (1990) de Clive Barker est de ceux-là.

Boone (Craig Sheffer) est hanté dans ses rêves par des visions monstrueuses, aux êtres difformes habitant une sombre cité : Midian. Le Docteur Philip Decker (David Cronenberg) le suit depuis un moment pour le soigner de ce qui semble être une psychose. Cependant, Boone se voit accusé de plusieurs meurtres et le Docteur Decker le fait interner. Il réusit à s’enfuir et finira par croiser le chemin de ses monstrueuses visions et de Midian.

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Dès les premières images, Clive Barker nous fait part de sa mythologie déjà entrevue dans son précédent et cultissime film : « Hellraiser » (1987). Écrivain avant d’être réalisateur et scénariste, c’est son second roman qu’il adapte lui-même, nous présentant des créatures sordides dans un titre en lettres impactantes ensuite représentées dans des fresques obscures et primitives. S’ensuit une fuite aux aspects de danse, où ses chimères s’emmêlent, se tortillent et paradent sous une musique épique et angoissante dont Danny Elfman a le secret.

Mais alors, pourquoi parler de malédiction tournant autour du film ? Car Clive Barker disposa d’un budget conséquent pour la réalisation de son second film après le carton de « Hellraiser ». Cependant, sa mise en scène, sa dynamique et le manque d’hémoglobine qui fut caractéristique de son premier film manquent à l’appel selon les goûts des producteurs (FOX), Barker voulant un film plus intimiste, moins tourné vers l’horreur et plus sur le combat de l’intolérance. Ils mirent alors le nez dans le montage du film, le réorganisant et en enlevant 20 minutes, rendant la version « Theater » confuse et incohérente par moment. C’est bien pour cela que je vous recommande chaudement de regarder « Nightbreed » dans sa version « Nightbreed : The Cabal Cut » trouvable depuis 2010 pour pouvoir profiter pleinement du travail de Clive Barker.

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Car il vaut le détour, première pour le personnage de Lori (Anne Bobby) qui passe de statut de « copine du héros » à celui de personnage primordial dans la seconde partie du film, partant à la recherche de Boone et apportant un regard humain sur le peuple de Midian. Nous avons donc maintenant deux points de vue solides sur les créatures de la sombre cité, qui nous permettent de mieux appréhender les discours de chacun. De plus, les monstres ont maintenant la part belle dans le film. On prend plus le temps de les découvrir, les connaître, les explorer, ne faisant plus tapisserie dans l’histoire. On s’attarde alors sur les maquillages, les effets spéciaux et l’ambiance de la sombre cité. Les personnages secondaires prennent de la consistance et on parvient à s’attacher beaucoup plus à eux.

Mais, il faut bien le reconnaître, le film vieillit. Ne serait-ce que par son rythme et son aspect « studio » des décors extérieurs, le public actuel pourrait plus facilement s’en détacher alors que les fans de cinéma (et pas que de Genre) pourront regarder cela avec un sourire de nostalgie. Beaucoup d’éléments ont été rajoutés à l’histoire, tranchant parfois les scènes pressantes du film et brisant un aspect d’urgence, notamment durant la dernière partie du film. Cependant, le message fort du film reste le combat contre la différence. On peut s’attendre à un film d’horreur classique, un slasher movie ou un film gore, mais, finalement, « Nightbreed » est plus que cela. Là où il nous prend au dépourvu, c’est dans son rebondissement : les véritables monstres sont d’aspect humain. Le curé, incarnant la persécution religieuse, le shérif représentant le racisme et le nationalisme etc… chassent et persécutent un peuple ici dos au mur et martyrisé depuis des siècles car ils sont tout simplement différents.

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Enfin, je voudrais revenir vers un point non négligeable, si vous n’avez pas lu le tout en diagonale : la participation en tant qu’acteur de David Cronenberg. Oui, le réalisateur culte lui-même ! Il signe ici son premier grand rôle au cinéma, étant amateur en général de petits rôles ou caméos de-ci de-là. Il apporte ici une prestance à un personnage de poids du récit : le froid et calculateur Docteur Philip Decker. Il incarne à lui seul la figure monstrueuse de l’humanité. Il ne cherche pas à devenir lui-même un habitant de Midian, mais bien à les exterminer. Il se prend tout simplement pour la Mort, obnubilé par ces êtres monstrueux défiant la fragilité de l’homme, faisant de l’ombre à la vision divine qu’il a de sa propre personne. Il veut prouver que les humains, tout comme les habitants de Midian, sont inférieurs à lui. D’ailleurs, la FOX, dans son propre montage, voulait le mettre beaucoup plus en avant pour pouvoir promouvoir plus facilement le film, son nom figurant même en gros sur les affiches de l’époque. Il voulait en faire LE nouveau slasher grâce à l’identité forte de son style et de son interprète.

Bref, « Nightbreed » est un film qui vaut le coup d’être vu, offrant une mythologie de monstres fascinante et une histoire intelligente dont la morale, certes triste et fataliste, reste malheureusement un sujet d’actualité.

En Bonus !

Le court métrage « The Forbidden » (1978) de Clive Barker, oeuvre expérimentale et perchée :

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