[Vidéo club] From Beyond

Stuart Gordon s’est forgé une réputation de maître de l’horreur dans les années 80, et cela grâce à son premier film « Re-animator ». Il s’était lancé l’ambitieux et séduisant défi d’adapter de multiples œuvres du grandiose H.P. Lovecraft, incontournable référence de la littérature horrifique des années 20/30.  Il voulait en quelque sorte monter son propre univers univers cinématographique autour de l’auteur et de son mythe.

« From Beyond » (« Aux portes de l’au-delà » en France) voit donc le jour 1 an après le succès retentissant de « Re-Animator », profitant de ce courant ascendant pour mettre sa vision en application.

Mais elle raconte quoi, cette vision ?

Un manoir, deux scientifiques, un résonateur. C’est quoi cette chose ? Eh bien, elle sert à stimuler la glande pinéale, partie du cerveau jouant sur le sommeil et l’éveil dans le but de permettre à tous ceux se trouvant à proximité de percevoir et entrer en interaction avec une dimension parallèle proche de la nôtre. Tout cela va forcément virer au cauchemar quand le Docteur Prétorius se fait alors tuer sous les yeux de son assistant Crawford Tillinghast par une créature venue de cette dimension insondable. Parvenant à s’enfuir après avoir endommagé l’appareil, Crawford se fait arrêter et accuser du meurtre du Docteur. Interné après avoir raconté son histoire, une psychiatre, du nom de Docteur Katherine McMichaels, se penche sur son cas troublant, remarquant que ses dires ne changent pas. Elle souhaite alors revenir sur les lieux du crime pour pouvoir reconstituer les faits et renouveler l’expérience…

image

Stuart Gordon nous emmène alors à travers un huis-clos étouffant et angoissant… Et c’est une réussite !

Une seule fois, nous ressortirons des quatre murs de cette vieille demeure pour mieux y replonger rapidement ensuite, telle une inéluctable fatalité. L’histoire commence là où la nouvelle de H.P. Lovecraft nous laisse, laissant ainsi au réalisateur la liberté nécessaire pour nous partager sa vision de cette folie. Et il met le paquet ! Passant de cette baraque aux couleurs mornes et vieillottes à cette dimension aux couleurs criardes et flashy (Rose et bleu, sentant bon les années 80), ou même à la chambre secrète du Docteur Prétorius, dont le ton et l’ambiance font écho à la folie de ce qui les attend, Stuart Gordon sait nous faire passer d’un rythme à l’autre, bousculant ses personnages dans un tourbillon mortel.

En effet, le film ne traîne pas. D’une durée d’1h26, le réalisateur nous met tout de suite dans l’ambiance comme le ferait David Cronenberg (La mouche, Videodrome, Le festin nu…). On sait où on se trouve, on sait ce qui en découle… Le décor est planté, action ! La tension se fait de plus en plus palpable, car tout comme Crawford, on sait ce qui les attend et on ne peut qu’être les témoins de la folie les possédant. Stuart Gordon renoue avec l’hémoglobine de « Re-animator » mais en moins vulgaire, les couleurs et filtres donnant un aspect plus malsain à l’ensemble, plus irréel. Il s’amuse à jouer avec les corps, les érotisant, les torturant, les déformant, s’inspirant clairement une nouvelle fois du travail de Cronenberg.

From Beyond (1986) Blu-ray Screenshot

Pour cela Stuart Gordon a rempilé avec son duo d’acteur vedette : Jeffrey Combs et Barbara Crampton, qui le suivront sur d’autres réalisations. Une autre figure du fantastique, et pas des moindres : Ken Foree (Zombie, L’armée des morts, The devil’s reject…) dans le rôle du flic « Bubba » viendra compléter le trio faisant face aux horreurs du résonateur.

La folie visuelle et physique lors des expériences s’enchaînent leur répercussion psychologique quand celles-ci s’achèvent, chaque protagoniste les accusant à leur façon : l’appréhension et la curiosité méfiante mais dévorante de Crawford, l’avidité et la perte de soi du Docteur Katherine McMichaels et enfin, la lucidité et le rempart qu’est Bubba. Tout cela sur une bande originale envoûtante et lancinante*, sachant nous garder dans l’ambiance et s’ajustant avec maîtrise sur les différentes scènes.

Bien sûr, le film a aussi ses défauts. Les acteurs semblent parfois se lâcher, parfois un peu trop peut-être mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce film. Ils sont là et ils s’amusent ! A se demander d’ailleurs si Stuart Gordon ne les y a pas incités pour renforcer l’aspect dramatique et irréel des événements qu’il nous narre. Il y a quelques incohérences au niveau des actions (Pourquoi rester dans la lumière de la torche ? Vous comprendrez…), la partie en extérieur de la demeure moins palpitante… Les effets spéciaux, quant à eux, n’ont pas trop mal vieilli. On y retrouve le charme des animatroniques, des maquillages** qui donne une texture bien réelle et massive aux créatures prenant corps. De plus, le travail de cadrage et des lumières ne font que les sublimer. Enfin, et à noter, les personnages ont une véritable évolution, c’est même un des enjeux principaux du film, la corruption sournoise du résonateur les transformant petit à petit.

5ea9ae0d687576b7c53a43054e6c31d6

Bref, et vous l’aurez compris, je vous incite à voir ce petit classique de l’horreur car il a réellement un ton et une ambiance et pas seulement de l’hémoglobine et des plans nichons à foison (vive les 70/80…). Il m’a profondément marqué quand j’étais jeune adolescent et il fait partie de ces films qui ont éveillé en moi cet attrait pour l’étrange que peut véhiculer le cinéma. Soyez de bons Docteur Prétorius et rassasiez votre curiosité !

En bonus !

Je ne peux résister à l’envie de vous faire découvrir cette petite perle d’animation reprenant l’oeuvre de H.P. Lovecraft. Elle vaudra bien tous les trailers du film (qui vous en dévoilera, comme souvent, beaucoup trop).

*Récompensé au Festival International du film de Catalogne en 1986

**Récompensés 2 fois l’hors du Festival International du Film de Catalogne en 1986 et par l’Académie des Films de Science-fiction, Fantastique et Horreur en 1987

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :